Voici maintenant 2 semaines que le président Sarkozy a été élu face à
Ségolène Royal mais nous sommes légitimes à nous poser la question
suivante : le nouveau président est-il à la hauteur ?
Bien sûr, ce dessin reste une caricature politique mais si on regarde de près ce qu'il se passe depuis mercredi dernier, jour de la passation de pouvoir avec le président Chirac, ou plutôt depuis vendredi, jour de l'annonce de la composition du Gouvernement Fillon I :
- Bayrou en a rêvé, Sarko l'a fait : il voulait l'ouverture, déplacer les lignes et bien Sarkozy a fait nommer des ministres socialistes dans le premier gouvernement de son quiquennat. Et si ça ne suffisait pas pour couper l'herbe sous le pied du Modem (Mouvement Démocrate, NDLR), il a fait nommer Hervé Morin, ministre de la Défense alors que c'était le bras droit du candidat Bayrou à la présidence de la République.
- Le président Sarkozy a sa propre lecture de la Constitution : si tout le monde se demande s'il ne faut pas passer à la VIe République, Sarkozy et ses lieutenants répondent par la négative en faisant leur propre lecture du texte organisant les pouvoirs politiques. Ainsi, on voit un président qui souhaite s'occuper des affaires intérieures du pays alors que la Constitution confie ce rôle au Premier ministre et au Gouvernement dans son ensemble. Il faut rappeler que la Constitution voulue par le Général de Gaulle donne au président de la République un rôle d'arbitre au sein du Conseil des ministres qu'il préside pour les orientations à donner à la politique nationale et un rôle primordial concernant les affaires internationales qu'il mène en concertation avec le ministre des Affaires étrangères (aujourd'hui Bernard Kouchner pour ceux qui n'ont pas suivi...). Le Conseil Constitutionnel restera-t-il muet sur cette nouvelle lecture ???
- Une signe politique fort : il s'agit pour le nouveau président de la République de faire un signe en direction des Chiraquiens puisque Alain Juppé, ministre d'Etat, ministre de l'Ecologie, du Développement et de l'Aménagement durables est un fidèle parmi les fidèles de l'ancien président de la République (devant assumer parfois des responsabilités qui n'étaient pas les siennes dans les procès précédents...). Il s'agit, quoi qu'il en soit, d'un signe fort politique car il montre sa capacité à rassembler toute sa famille politique mais également au-delà et il place ainsi l'écologie au centre des préoccupations puisque le ministre chargé de ces questions là est le numéro 2 du Gouvernement Fillon I.
- Une occasion manquée : si la nomination de Rachida Dati en tant que ministre est une très bonne chose, je regrette profondément qu'il ne lui ait pas confié le Ministère de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Codéveloppement car ça aurait été un signe fort pour la jeunesse issue de l'immigration et un exemple d'intégration. Le président Sarkozy n'aurait pas été suspecté quant à d'éventuelles idées racistes qu'il aurait (c'est ce qui a été dit pendant toute la campagne présidentielle). A la place, il a choisi de nommer son fidèle ami Brice Hortefeux qui a des idées un peu radicales sur la question et cela m'effraie davantage... Rachida Dati se retrouve Garde des Sceaux, Ministre de la Justice, poste au combien important et qu'elle connaît parfaitement de par sa profession (magistrate) mais je pense que ça restera une occasion manquée.
Bref, je pourrais ainsi déballer toute une analyse (qui n'engage que moi bien évidemment) pour montrer que le président Sarkozy est plus un homme politique qu'un Chef d'Etat, que c'est un fin stratège politique mais quid de sa politique étrangère ?
Laissons-lui le temps de montrer de quoi il est capable à la tête de l'Etat mais ne le loupons pas s'il dérive rapidement...